Ressources pédagogiques de la filière semences
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Le choix des espèces fourragères

Pour choisir la bonne espèce parmi la large gamme qui est proposée, les éleveurs doivent se poser un certain nombre de questions qui vont lui permettre d’orienter son choix en fonction de ses objectifs d’utilisation, de son système fourrager et des conditions pédo-climatiques de l’exploitation.

Avant d’implanter une prairie, il convient donc de se poser 5 questions de base :

  • Quand a-t-on besoin d’herbe ?
  • Comment la prairie va être exploitée ?
  • Combien d’années d’exploitation ?
  • Quel type de sol ?
  • Quelles conditions climatiques ?

Deux autres critères orienteront également le choix de l’espèce :

  • La valeur alimentaire en fonction des besoins des animaux ;
  • La vitesse d’implantation des différentes espèces.

LA PÉRIODE DE PRODUCTION

Dans tous les cas (cf. schéma ci-dessous), une meilleure répartition de la pousse de l’herbe permet de réduire le coût de l’alimentation du troupeau, soit par une augmentation du chargement (premier et deuxième cas), soit par une réduction des stocks et des achats de fourrage (deuxième et troisième cas).

Dans de nombreuses régions, un des principaux avantages des prairies temporaires est d’améliorer la répartition de la production d’herbe au cours de l’année. Par rapport à la pousse de l’herbe des prairies naturelles, le choix d’espèces appropriées permet d’étaler la période de pâturage. Il faut toutefois tenir compte des limites suivantes :

  • un pâturage très tôt au printemps n’est intéressant que si le sol porte suffisamment (choisir des parcelles qui se ressuient rapidement) ;
  • dans les régions à climat continental ou de montagne, l’étalement est moins important que dans les zones à climat océanique.

L'EXPLOITATION D'UNE PRAIRIE

Le pâturage

L’adaptation à la pâture des différentes graminées fourragères est fortement liée à la montée à épi. Il faut donc tenir compte de leur souplesse d’exploitation pour le 1er cycle, de leur alternativité la première année et de leur remontaison pour les pousses suivantes (voir le chapitre suivant).

Surtout pour les espèces qui montent vite à épi (dactyle, fétuque élevée…), il est conseillé de faucher la première pousse entre le stade “épi à 10 cm” et avant l’épiaison, afin d’avoir des repousses feuillues.

La fauche

L’adaptation à l’ensilage dépend surtout de la facilité de la fauche et de la composition chimique des plantes. Pour réussir l’ensilage des espèces riches en matières azotées, comme les légumineuses, il est conseillé d’ajouter un conservateur. En effet, moins les plantes sont riches en sucre, moins le pH du silo diminuera rapidement.
Pour être bien adaptée à la fauche, une espèce doit être bonne à récolter à une période où les conditions climatiques sont favorables.

La richesse des foins de légumineuses provient de leurs feuilles : il faut donc les faner avec précaution.

LA DURÉE DE VIE D'UNE PRAIRIE

La durée de vie d’une prairie dépend essentiellement de l’espèce mais aussi de la variété, de l’adaptation au sol et au climat, de la région, du succès de son installation, de l’entretien et de l’exploitation de la prairie qui sont réalisés par l’éleveur.

La pérennité réelle d’une espèce n’est pas toujours facile à estimer. Les trous laissés par les plantes mortes sont rapidement comblés par des mauvaises herbes et aussi par d’autres espèces prairiales de moindre qualité qui masquent la dégradation de la valeur réelle de la prairie. Les durées indiquées sur ce schéma sont des durées conseillées pour garder une prairie en France, compte tenu de la pérennité moyenne des différentes espèces.

Le choix de l’espèce est également à raisonner en fonction des rotations pratiquées sur l’exploitation.

LE TYPE DE SOL

En ce qui concerne les plantes fourragères, l’agronomie est très liée à la présence ou non d’humidité dans le sol. C’est ce critère “hydromorphie” qui orientera l’éleveur sur telle ou telle espèce.

La luzerne est inadaptée aux sols acides car le rhyzobium ne s’y plaît pas. Mais, en apportant de la chaux et en inoculant les semences avec du rhyzobium, il est possible d’installer des luzernes dans des sols allant jusqu’à un pH de 5,5. Les rendements seront plus faible mais la luzerne assurera une production malgré tout.

LES CONDITIONS CLIMATIQUES

D’une manière générale, les espèces ne sont pas trop sensibles au froid à partir du stade 3 à 4 feuilles. Chez certaines espèces, il existe des types variétaux plus adaptés au froid. C’est le cas pour la luzerne (note de dormance), et des bromes (cathartique ou sitchensis). La fléole reste la graminée la plus tolérante au froid.

En ce qui concerne la sécheresse, certaines espèces parviennent à puiser l’eau profondément dans le sol et résistent mieux à ces stress hydriques.
Sur le critère “chaleur” les ray-grass arrêtent leur croissance à 23°C pour repartir quand les conditions seront plus favorables.

LA VALEUR ALIMENTAIRE

La valeur alimentaire des plantes fourragères dépend avant tout du stade auquel elles sont récoltées (voir le schéma sur le rendement et la valeur alimentaire).

Il existe cependant de gros écart de qualité entre les espèces. D’une manière générale, les graminées sont plutôt riches en énergie (UF) et les légumineuses en protéines (PDI).

Le classement indiqué dans le schéma ci-dessous sont des moyennes et le choix des variétés peut également largement influer sur ce classement.

Le choix de l’espèce sera donc à mettre en relation avec le niveau de besoin des animaux. On évitera par exemple la fétuque élevée pour des vaches laitières à haut potentiel.

LA VITESSE D'IMPLANTATION

La vitesse d’installation d’une prairie est un critère important pour l’éleveur. En effet, elle augmente à la fois la probabilité de réussir la prairie et la vitesse d’entrée en production de la prairie la première année.

Parallèlement, plus une prairie va s’installer rapidement, moins le risque d’envahissement par les adventices sera important.

En règle générale, les espèces les plus pérennes s’installent lentement (voir le schéma suivant sur la durée de vie de la prairie). Il convient donc de soigner leur installation et de les éviter si possible dans des sols qui ont tendance à être envahis pas les adventices.