Ressources pédagogiques de la filière semences
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La technique du semis direct

LA DESTRUCTION CHIMIQUE DE LA FLORE

Dans les prairies, il existe de nombreuses plantes peu désirables et difficiles à détruire (stolons ou plantes à rhizome). Le désherbage systémique total non rémanent permet de s’en défaire et relance l’activité biologique ; notamment l’activité bénéfique des vers de terre.

Avec quoi ?

Bien que de nombreux produits puissent être utilisés, on aura intérêt à choisir un désherbant systémique non rémanent pour pouvoir effectuer le semis rapidement et sans risques. Ils détruisent les parties souterraines des plantes vivaces (chiendent, chardon, prêle). On les utilise avec des surfactants qui renforcent leur action.

Dans le cas de graminées peu résistantes ou de repousses, on peut utiliser des produits agissant par contact et qui bloquent la photosynthèse.

Comment ?

Il est impératif, pour les produits systémiques, de traiter une végétation en pleine activité pour que le produit soit bien transporté dans toutes les parties de la plante.

Après une fauche il faut donc attendre que la prairie ait repoussé jusqu’à 10-15 cm.

Il faut traiter par beau temps : au moins six heures sans pluie pour que la plante ait le temps d’absorber le produit sans être lavée.

Prendre patience : les premiers effets du désherbage avec ces produits ne se manifestent qu’au bout d’une dizaine de jours.

Pour le désherbage d’automne, lorsque le feuillage n’a pas pu se reconstituer (période froide ou piétinement) on utilisera de préférence un produit absorbé à la fois par les feuilles et les racines (même chez les plantes en dormance hivernale comme renoncules et pissenlits).

LES DIFFÉRENTS TYPES DE SEMOIRS

Il existe trois types de semoirs bien adaptés au semis direct sur prairies.

Le type SULKY

C’est un semoir trainé, à distribution classique et monodisque. Un seul disque, correctement orienté, ouvre et soulève le sol tandis qu’un coutre-semeur dépose les graines au fond du sillon. Une roue en fonte referme le sillon et rappuie la graine tout en contrôlant la profondeur de semis.

Ce type de semoir, le plus universel, peut être utilisé pour toutes les cultures de l’exploitation. Il est néanmoins coûteux et lourd (environ 2 tonnes) ce qui peut être un handicap pour certaines situations de prairies.

Le type EUROGREEN

C’est un semoir porté à distribution classique et double disque cranté. Deux disques à couteaux en étoile découpent le sillon. Celui-ci est égalisé par un soc semeur qui guide la graine. Une herse à dents courtes referme le sillon et rappuie la graine.

Du fait de sa légèreté (790 kg pour 8 rangs en 2 m de large) cet appareil est bien approprié aux sols en pente. Ne convient pas pour les sols caillouteux.

Le type AMAZONE

Il s’agit de semoirs classiques dont les socs sont équipés de sabots sursemeurs. Grâce à une pointe et un profil tranchant ces sabots assurent une pénétration suffisante pour ressemer une prairie.

Cette solution, sans conteste la plus économique, est à éviter si les conditions sont difficiles (terrains secs, caillouteux, proximité d’arbres ou de haies, débris végétaux en surface, etc …).

LES ESPÈCES UTILISABLES

Selon les situations on aura intérêt à choisir l’espèce la mieux adaptée parmi les 4 graminées les plus utilisées.

Trois questions clés sont à se poser : quel est le type de sol par rapport à l’eau, quel est l’objectif d’utilisation (pâture ou fauche ?) et quelle est la période d’utilisation. Pour vous aiguiller dans vos choix, un outil d’aide à la décision est disponible sur le site www.prairies-gnis.org.

Le ray-grass anglais

Il s’implante très rapidement dans tous les sols, sa valeur fourragère est excellente et il est très apprécié des animaux. Il produit peu en période de sécheresse (mais résiste bien) et craint les fortes chaleurs. Il est particulièrement bien adapté au semis direct.

Les bromes

D’installation facile, ils se comportent bien en sols secs mais redoutent le piétinement, surtout en sol humide.

Le dactyle

Bien adapté aux zones séchantes, il reste bien vert en été. Il redoute les excès d’eau et s’implante lentement. Il monte très vite au printemps : on a souvent intérêt à réaliser la première exploitation en fauche.

La fétuque élevée

A condition de bénéficier d’un sol profond, elle est capable de résister aussi bien aux fortes sécheresses qu’aux excès d’eau. Elle s’installe lentement mais couvre bien le sol.

Parmi les légumineuses on retiendra surtout :

Le trèfle blanc

Il peut être introduit dans les prairies constituées essentiellement de bonnes graminées pour améliorer la valeur alimentaire et réduire le coût de la fertilisation azotée. Il est très résistant au froid mais supporte mal la sécheresse et se maintient difficilement sur les sols sensibles au piétinement ou carencés en potasse et en phosphore.

Le lotier corniculé

particulièrement adapté aux sols peu profonds, secs et calcaires, il s’installe lentement sur tous les sols sans excès d’humidité.
Résistant au froid et à la sécheresse il peut constituer un fourrage à lui seul car il ne météorise pas.

LES ENNEMIS DES SEMIS

De multiples ravageurs peuvent occasionner des dégâts sur les jeunes semis. Peu de solutions de protection sont disponibles. On peut cependant agir en semant dans des conditions optimum (humidité et température) pour palier le risque des ravageurs par la vitesse d’installation.

Pour les espèces lentes, la présence de ray-grass italien pourra jouer un rôle de protecteur-couvert du jeune semis.

Les taupins ou “vers fil de fer”

La larve jaune brillant de ce coléoptère est présente dans le sol toute l’année.

Les vers blancs

C’est la larve du hanneton qui vit plusieurs années dans le sol et remonte chaque printemps pour s’attaquer aux racines.

Les tipules

Vers gris sans pattes (larves du “cousin” ressemblant à un très gros moustique) qui s’attaque aux radicelles et aux coléoptiles des graminées.

Taupins, vers blancs et tipules nécessitent un traitement en plein avec un insecticide adapté deux à trois semaines avant le semis.

Les noctuelles

Ces grosses chenilles grises attaquent le collet des plantes. Il faut les combattre dès les premiers dégâts avec des appâts empoisonnés.

Les limaces

La lutte contre les limaces doit être particulièrement soignée après un semis direct. Dès le semis, il faut placer des pièges (tuiles retournées). Si nécessaire, épandre ensuite des granulés limaticides.

Renouvelez éventuellement les appâts jusqu’à ce que la jeune prairie soit définitivement installée.

L'AIDE À LA JEUNE PRAIRIE

Les mauvaises herbes, en particulier les dicotylédones, se développent souvent plus vite que la jeune prairie. Pour assurer la productivité de la future prairie il est indispensable de désherber, dès le stade 4 feuilles des graminées et 2 à 3 feuilles trifoliées du trèfle.

L’attention portée à la première exploitation sera déterminante pour l’avenir de la prairie.

Pour éviter les dégâts du piétinement sur des plantes encore faiblement tallées, la première exploitation sera faite de préférence en fauche.

Ensuite une exploitation raisonnée associant fauche et pâturage avec un chargement suffisant, en veillant à l’ébousage, au fauchage des refus et à l’apport d’une fertilisation adaptée, permettra de maintenir un haut niveau de productivité pendant de nombreuses années.

Ne pas oublier que l’absence de travail du sol réduit la minéralisation de la matière organique. La fumure azotée doit être augmentée en conséquence lors du semis pour favoriser l’implantation.