Il y a ne serait-ce qu'une dizaine d'années, l'amélioration du blé tendre utilisait surtout les ressources génétiques présentes dans les variétés de blé cultivées. Pendant très longtemps les sélectionneurs se sont contentés de la variabilité génétique disponible au sein de leurs entreprises respectives.

Epis d'Aegilops ventricosa
© INRA


Les échanges avec les pays de l'Est étaient possibles et les sélectionneurs pouvaient accéder à du matériel issu de ces pays (des variétés cultivées et certaines ressources des banques de gène de Leningrad, de Tchécoslovaquie, ...).
Avec l'ouverture des frontières à l'Est, ces échanges sont plus simples et la variabilité génétique disponible a augmenté. Des blés d'origine russe ont permis d'améliorer des critères comme la résistance au froid et la tolérance à certaines maladies telles que la fusariose.



Une banque de gènes pour préserver les ressources génétiques


D'autre part, le bureau des ressources génétiques (BRG) a progressivement mis en place une banque de gènes en blé et en orge depuis 1990. Cette initiative est issue de la création d'un réseau entre l'INRA, les sélectionneurs privés, certains établissements d'enseignement agricole, le GEVES soutenu par l'ONIC et le Ministère de l'Agriculture. L'objectif était de préserver les collections de variétés présentes à l'INRA (près de 10 000 blés et 5 000 orges) et dans les différentes entreprises.
Une collection pour l'avoine, le blé dur, le seigle et le triticale est actuellement mise en place. Au niveau international, le CIMMYT (centre international d'amélioration du maïs et du blé) basé à Mexico maintient une grande collection dans le but de développer des variétés adaptées aux pays en voie de développement. L'ICARDA poursuit le même objectif pour l'orge. Ils travaillent notamment sur la résistance aux maladies pour obtenir des variétés cultivables avec peu d'intrants. Les sélectionneurs occidentaux peuvent avoir accès à ces ressources qu'ils doivent bien entendu adapter à nos climats, à nos besoins et à nos habitudes culturales.


Les progrès de la culture in vitro ont permis de réaliser des croisements interspécifiques et de créer de la variabilité génétique.



Valoriser la variabilité génétique


Des recherches menées par le CIMMYT et l'INRA visent à reconstituer un génome de blé à partir d'espèces ancêtres Triticum et Aegilops. Le but est de reconstituer par des croisements interspécifiques le génome hexaploïde du blé tendre et d'explorer ainsi un maximum de diversité.
La création du blé tendre a en effet été un évènement rare qui n'a vraisemblablement pas exploré toute la variabilité des deux parents. Par ailleurs, les différentes phases de sélection sont susceptibles d'avoir engendré des pertes en terme de biodiversité. Le Club des Cinq (regroupant les sociétés semencières Benoist, Florimond-Desprez, Serasem et Nickerson-Verneuil) a commencé à s'intéresser à ce type de matériels (appelé blés synthétiques) de façon à détecter des caractères intéressants comme de nouvelles sources de résistance aux maladies.


En blé dur, la variabilité génétique disponible aujourd'hui au sein des variétés modernes est relativement étroite. Les variétés cultivées en 1960 différaient des variétés modernes par leur taille élevée.


Mais en l'espace de dix ans, des programmes de sélection ont permis d'introduire des gènes de nanisme grâce à des croisements réalisés entre le blé dur et des variétés naines de blé tendre. Ce sont les descendants de ces croisements qui sont encore aujourd'hui à la base de toutes les variétés modernes de blé dur.

A moyen terme, la rareté des ressources génétiques risque de limiter les possibilités de progrès génétique pour cette espèce. C'est pourquoi l'INRA et le GIE blé dur (intégrant les sociétés Benoist, Desprez, Eurodur, Groupe GAE semences, RAGT et Serasem) ont décidé d'explorer la variabilité génétique disponible au sein des différentes formes de Triticum. turgidum (des sous-espèces sauvages issues de différents évènements de domestication). Ce programme a démarré en 1996. Il permettra également de sélectionner des lignées aptes à produire des grains de qualité dans des conditions de culture limitant l'utilisation de produits phytosanitaires.

De même le GIE Triticale et l'INRA fabriquent chaque année de nouveaux triticales primaires (croisement blé tendre par seigle ou blé dur par seigle) afin d'augmenter la variabilité génétique disponible pour cette espèce.